Intention

Vous savez, des ogresses, il y en a plus qu'on ne pense. Déjà, dans mon quartier, il y en a pas mal !

Des plus ou moins, je vous l'accorde.

Je n'ai pas demandé à l'être, ogresse, c'est mes parents qui me l'ont signifié. Quand j'étais petite, on ne m'appelait jamais par mon prénom. On m'appelait lrola...l'ogresse en kabyle.

Un jour, j'ai questionné ma mère : “Maman, pourquoi on m'appelle l'ogresse ?”. Très embêtée, ma mère répond : « C’est à cause de…(elle tend sa main vers mes cheveux et chuchote) à cause de tes cheveux drus…

- Drus ?

- Oui, drus... et secs...et maléfiques...et diaboliques »

 

Quand ma mère s'occupe de mes cheveux, je ne la reconnais pas. Elle est violente, elle pleure, elle crie, elle jure.

Le matin, elle essaie désespérément de les discipliner mais ils n’en font qu'à leur tête.

Péniblement, elle parvient tout de même à confectionner deux nattes, qui finissent toujours par lui rire au nez.

Les voisines s'en mêlent : « Va voir Monsieur Bénichon, le pharmacien ; il te donnera une crème pour les domestiquer » 

Bien sûr, ça marche jamais.

Un jour j'ai même essayé de les repasser.

Il parait que l’humanité possède environ 4% de Neandertal en elle ; et bien, vous ne le saviez peut-être pas, mais beaucoup de femmes ont un pourcentage - je ne sais pas combien exactement - de sang d'ogresse qui coule en elles ! C'est ma mère qui me l'a expliqué l'autre soir. Alors plus tard, j'ai commencé à raconter des histoires d'ogresses. Des ogresses du quotidien, comme celle qui vit au cinquième étage de mon immeuble.

Pour sa prochaine création, Aïni Iften continue son exploration de la cosmogonie berbère en s’intéressant à ces créatures redoutables nées de l’union d’un lion et d’une femme. Figures sauvages, libres et fortes, les ogresses se distinguent par leurs cheveux crépus, qui les exemptent du voile. À l’instar du loup dans les histoires occidentales, les ogresses dévorent les hommes, qui n’ont donc d’autre choix que de les craindre et de les respecter.